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Rapport d’évènement : Invité de CAPDEMA avec Youssef Belal concernant l’Islam et la Démocratie.

Rapport d’évènement : Invité de CAPDEMA avec Youssef Belal concernant l’Islam et la Démocratie.

Type d’évènement : Invité de CAPDEMA avec Youssef Belal.
Thème : Islam et démocratie.
Date : 21 – 12 – 2012.
Lieu : Rabat, Maroc.
Chargé de rapport : Soufiane Sbiti, secrétaire général de CAPDEMA – Rabat.

Vous trouverez dans ce qui suit, la retranscription de tout ce qu’a pu dire l’invité, M. Youssef Belal. Il est à noter que l’intervention fut donnée en arabe, la traduction reste de ce fait approximative.

Présentation de l’invité :  Youssef Belal est politologue et chercheur et est notamment l’auteur du livre :  » Le Cheikh et le Calife. Sociologie religieuse de l’Islam politique au Maroc.  » 

Lors de l’étude d’un phénomène social ou politique, il est nécessaire pour tout chercheur d’opter pour une approche critique de la chose. Or, nous assistons aujourd’hui à tout le contraire, lorsqu’il s’agit de donner une signification au mot « Islamisme ». Au 19ème, ce même mot était d’ailleurs synonyme du mot « Islam ». Ce qui en dit long sur l’amalgame que firent certains orientalistes, dont notamment Ernest Renan. Le chercheur français, dans une de ses conférences «  Islamisme et La science »,  confondait très nettement les deux termes. Ajoutant d’ailleurs que l’islam était le dédain même de la science et la négation pure et simple de tout développement. Par la suite, Edward Said tentera de définir, dans son célébrissime libre «  L’orientalisme », le discours orientaliste. Un discours qui part de la volonté, pour l’occident, de se sentir supérieur et de se positionner même, comme l’exemple à suivre pour atteindre la modernité.

On se demandera sûrement quel lien existe-t-il entre cette introduction et le thème que nous allons traiter aujourd’hui. Pour y répondre, c’est simple. On doit tout d’abord savoir que l’orientalise à se s débuts, traitait l’islam de façon générale, comme étant une religion avant tout. Ce n’est que par la suite que des « néo-orientalistes », comme Gilles Keppel, axeront leurs études sur les mouvements islamistes et leurs impacts sur les sociétés occidentales et dites modernes. De là est apparu le terme, fréquemment utilisé de nos jours, et qui est « Les islamistes ». Ainsi donc, pour ces néo-orientalistes, les islamistes représentent une menace et sont la négation par excellence de la modernité et de toutes les valeurs que pourraient prôner les pays occidentaux.

Si on venait à appliquer cette théorie, selon laquelle tout mouvement islamiste est synonyme de violence à ce qui se passe de nos jours, dans les pays arabes, nous n’allons tout simplement rien comprendre. Car actuellement, ce que nous voyons, que cela soit en Tunisie ou en Egypte, ce sont des islamistes qui de manière pacifique et démocratique, en sont arrivés à remporter des élections parfaitement transparentes et libres, et de ce fait, contribuent énormément aujourd’hui aux transitions démocratiques dans ces pays.

Ici, l’on note l’échec pur et simple des néo-orientalistes, tant sur le niveau des connaissances théologiques qui admettons-le, sont pauvres, ou encore des concepts développés qui s’avèrent au final parfaitement en déphasage par rapport à la réalité.

 

Ce sont d’ailleurs ces mêmes néo-orientalistes qui sont venus avec la théorie selon laquelle, les principales critiques que l’on devrait adresser aux mouvements islamistes, seraient l’instrumentalisation de la religion, que cela soit par le biais de discours ou de symboles religieux, le tout à des fins politiques.
Le  meilleur moyen de réfuter  cette théorie, serait de l’appliquer au Maroc où toutes les forces politiques ont usé et usent toujours du discours religieux.
A titre d’exemple, l’on citerait le cas du résident Lyautey qui, à l’époque, utilisait au su de tous, un discours clairement religieux. « Je maintiens le Maroc que par ma politique musulmane » disait-il.  Selon Lyautey, cette utilisation du discours religieux était le moyen idéal d’avoir sous la main tout un pays, sans pour autant perdre de l’argent et du temps comme il a pu en être le cas en Algérie. La résidence récidive encore une fois pour ce qui est de l’instrumentalisation de la religion, en allant jusqu’à exiler le sultan Mohammed Ben Youssef sous prétexte qu’il était beaucoup trop proche des modernistes, et de ce fait portait atteinte à la loi islamique.  L’exemple de la résidence n’est pas unique, tout au long de l’histoire du Maroc, différentes forces et mouvements de différents pôles se sont relayés pour faire de la religion, un simple instrument pour convaincre et ainsi faire de la politique. De la gauche marocaine guidée par Mehdi Ben Barka jusqu’à la monarchie elle-même.

On peut à partir de là, clairement considérer que l’utilisation du discours religieux n’est pas un critère précis et concis définissant un mouvement islamiste. Pour tenter de définir ce genre de mouvement et le distinguer des autres, il est nécessaire d’aller à la source même de ces organisations et à leur création. Ce qu’il faut savoir c’est que ces mouvements étaient en réalité des mouvements religieux et de prédication qui ont commencé à apparaître au Maroc à partir des années 60 et 70. Ces mouvements considéraient l’éducation religieuse comme étant la base essentielle de l’action politique. Ils avaient ainsi pour but de développer une culture islamique, la considérant comme le chaînon essentiel de toute société musulmane. On en voudrait pour exemple le mouvement du défunt Cheikh Yassine, Al Adl Wal Ihssane ou encore celui mené par Abdelilah Benkirane, Saaeddinne El Othamni et d’autres compères et qui sont à l’heure actuelle au pouvoir au Maroc.

Ces mouvements islamistes ont commencé comme étant tout d’abord des mouvements de prédication essentiellement qui considéraient comme élémentaire le fait de prendre base de la religion, pour enfin intégrer le politique. Après avoir essayé de s’y intégrer, tout en essuyant maints échecs, ils prirent la décision de clairement séparer la chose politique de tout ce qui est religieux et prédication. Il est le cas notamment du MUR qui actuellement est dirigé par des personnes (Comme Raissouni), n’ayant aucun rapport avec la direction du PJD et désintéressées de la politique.  Une répartition des tâches que l’on retrouve aussi chez Al Adl WalIhssane (AWI) et qui permet une meilleure intégration dans le paysage politique marocain et une participation aux institutions. Si AWI n’a toujours pas intégré ce paysage, le PJD après la création de son parti fin des années 90 a parfaitement réussi à le faire, en allant jusqu’à remporter les dernières élections au Maroc.

De ce fait, on en déduit que le réel problème des néo-orientalistes a été de ne pas avoir su différencier entre ce qui est prédication et politique, et de n’avoir pas de ce fait, su réellement étudier ces mouvements. A partir de cette approche et quand on s’attelle à l’étude de ces mouvements, on remarque, notamment pour ce qui est le cas du PJD celle de la distinction entre le religieux et le politique, on pourrait alors facilement supposer que tout mouvement islamiste, à partir du moment où ses structures internes sont démocratiques, pourrait contribuer à la démocratisation d’un pays, même s’il est arabe et musulman.

Il n’y a pas de contradictions dans le fait de voir des mouvements islamistes accéder au pouvoir. Et au contraire de ce que certains s’efforcent de croire, on ne peut pas se permettre d’avoir une histoire du monde arabe copiée de celle de l’Europe. Le passage par la religion, et même en prendre base est chose normale. Diverses études le prouvent, dont notamment celles de Tocqueville ou encore de Max Weber. Selon eux, la religion reste un des principaux facteurs pour le développement dans l’Europe. Il en va de même pour Hegel et Kant qui pensaient que s’il n’y avait pas eu de christianisme, l’Europe n’aurait tout simplement pas connu de modernité.
Dans ce qui suit, vous trouverez deux  questions posées à l’intervenant à la fin de l’évènement ainsi que les réponses de M. Youssef Belal.

Question : L’Islam a toujours été utilisé dans le sens politique. Comment  ça s’est développé et peut-on se développer comme en Europe ?

Réponse : On n’est pas en situation de reproduire l’histoire de l’Europe qui consisterait à copier une histoire linéaire. La question de la démocratisation n’est pas liée au discours du modernisme de l’Islam. Il faut bien comprendre ce qui s’est passé en période postindépendance.  Cela doit se finir dans la dualité, comme il a été le cas pour la réforme du code la famille au Maroc. Les élites modernistes doivent s’intéresser à l’histoire de l’Islam.

Question : Peut-on dire que la révolution des égyptiens ou encore celle des tunisiens sont des révolutions volées ? Et que les islamistes ont surfé sur la vague, vu qu’ils ne sont pas les déclencheurs de la révolution ?

Réponse : Non, on ne peut pas dire. Le temps de la contestation est différent de celui de l’élection.  Le temps de la contestation est un temps de presse. Au moment de l’élection, les gens ont besoin d’être assurés et ceux qui sont dans la contestation, sont de sensibilités différentes. Au moment des élections, les mouvements islamistes avaient des interactions avec la population, ils étaient implantés dans la société.

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